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Comment apprivoiser une etincelle

Oh, mon petit incendie, laissez-moi croquer vos habits, les déchiqueter à belles dents, les recracher en confettis pour vous embrasser sous une pluie…
Je n’y vois que du feu, en quelques pas seulement je peux me perdre au loin, si loin dans ma rue, que je n’ose même plus regarder le ciel droit dans les yeux, je n’y vois que du feu.
– Je vous guiderai à l’extérieur de votre tête, je serai votre paire de lunettes et vous serez mon allumette.
– Il me faut vous faire un aveu, je vous entends mais ne pourrais jamais vous reconnaître même assis entre deux petits vieux…
– On s’frottera l’un contre l’être à s’en faire cramer le squelette et à l’horloge de mon coeur à minuit pile on prendra feu, pas même besoin d’ouvrir les yeux.
– Je sais, je suis une flamme de tête, mais quand la musique s’arrête j’ai du mal à rouvrir les yeux, je m’enflamme allumette mes paupières brûlent de mille feux à en écraser mes lunettes sans penser à rouvrir les yeux.

(…)

-Comment apprivoiser une étincelle. Voilà le manuel dont j’aurais besoin! dis-je à Méliès.
-Un précis d’alchimie absolue tu veux dire… Ah ah! Mais les étincelles ne s’apprivoisent pas, mon garçon. Tu te verrais tranquillement installé chez toi avec une étincelle en cage? Elle brûlerait et te cramerait avec, tu ne pourrais même pas t’approcher des barreaux.
-Je ne veux pas la mettre en cage, je voudrais seulement lui donner plus confiance en elle.
-L’alchimie absolue, c’est bien ça!
-Disons que je rêvais d’un amour grand comme la colline d’Arthur’s Seat et que je me retrouve avec une chaîne de montagnes qui grandit directement sur mes os.
-C’est une chance exceptionnelle, tu sais, peu de gens approchent ce sentiment.
-Peut-être, mais maintenant que j’y ai goûté, je ne peux plus m’en passer! Et lorsqu’elle se renferme. je suis totalement démuni.
-Contente-toi de profiter des moments où tout ça te traverse. J’ai connu une étincelle moi aussi, je peux te dire que ces filles sont comme la météo des montagnes: imprévisibles! Même si Miss Acacia t’aime, tu ne pourras jamais la maîtriser.

(…)

Allez, viens mon arbre à fleurs, ce soir on éteindra les lumières et je déposerai des lunettes sur tes bourgeons. Du bout des branches tu raieras la voûte céleste et secoueras le tronc invisible qui soutient la lune. De nouveaux rêves tomberont comme de la neige tiède à nos pieds. Tes racines en forme de talons aiguilles, tu les planteras en terre, solidement accrochées. Laisse-moi grimper sur ton coeur de bambou, je veux dormir à tes côtés.

“La Mécanique du Coeur”, Mathias Malzieu

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