Posted on

Les reflexions se poursuivent et la caravane passe

Maroc 2012, 7-21 avril, à pieds dans le désert

Le train prend les rails. Les paysages défilent maintenant de chaque côté du wagon. Tout passe derrière. Le vert des champs, le brun des troncs, le gris de la route. Mais toujours le bleu du ciel et bientôt celui du lac.

On dit que nos pas dans le sable s’effacent et s’évanouissent dans le vent. Quelles traces retrouverai-je à mon retour ?

L’avion prend les cieux.

La fourgonette prend le goudron vers M’Hamid. Les portes du désert.

Les dromadaires prennent le désert. Et moi, le sable.

Une question m’interpelle. Cette question tellement habituelle. Elle rythme encore les discussions. Au milieu de rien, au milieu de tout . Personne qui nous attend. Aucune obligation. Et pourtant elle revient encore et toujours. Mais bientôt, elle s’effacera, j’en suis sûre : « C’est quelle heure ? ».

Découvrir. Se découvrir. Voilà un verbe intéressant. Òter ses couvertures, ses apparâts, les murs tout autour. Laisser cette couche protectrice pour se laisser aimer ? Pour s’aimer ? Se découvrir. Soi-même et mutuellement. Rien que le verbe est complexe. Se tordre le cou. Ouvrir. Son cœur, son âme, son être. Enlever le voile, comme le nomade enlève son chèche.

Parole de nomade :

« Le désert n’appartient à personne ».

« Regarde les dunes. Tant de regards s’y sont posés pour disparaître. Elles restent ».

Lentement, j’entre de ce nouvel environnement. Cet inconnu.

Des heures et des heures de marche. Des kilos et des tonnes de sable. Partout. Vraiment partout.

« Toutes choses sont composées de quatre principes élémentaires, le chaud, le froid, l’humide et le sec dont les combinaisons expliquent les rapports de sympathie et d’antipathie entre les êtres ».

La Table d’émeraude d’Hermès Trismégiste, père des Philosophes (traduction de l’Hortulain) :

« Il est vrai, sans mensonge, certain, et très véritable: Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut; et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule chose. Et comme toutes les choses ont été, et sont venues d’un, par la méditation d’un : ainsi toutes les choses ont été nées de cette chose unique, par adaptation. Le soleil en est le père, la lune est sa mère, le vent l’a porté dans son ventre ».

Hossaïn fait le pain :

Dans un gros bac vert de plastique, assis sur ses mollets. Son chèche orange amère qui tombe sur sa joue droite. La théière d’eau repose devant lui. Deux sacs de farine. L’un de blé, l’autre de maïs.

« Hirondelles volent à terre ; sécheresse éphémère »… ?

Dans le désert, l’Homme prend ses repères. Se perd. On se serre dans le vent, les yeux emplis de poussière et de temps. Le temps qui passe, qui s’arrête, qui s’allonge et qui stagne. Retour à soi, aux sources. Là où encore personne n’a souillé l’espace d’une présence inscrite. Les interrogations sont les mêmes, mais les réponses prennent une autre forme.  Plus sereines, plus éparses. Plus évidentes.

Si peu. Besoin de si peu pour être pleins. Pleins de vie. Pleins de doutes, toujours, mais qui d’un coup semblent avoir du sens.

Des dunes à portée de vue. Où que notre regard se pose, aucun signe de vie humaine, urbaine. L’essence de la vie est peut-être ici ? Là où tout est sec, là où tout pousses, croît. Croit. Et je m’en remets à l’Infini. Celui de l’univers. Ses anges, la Vie. Tout m’accompagne.

Se pemettre de vivre. Se permettre les plaisirs sans se juger. Sans culpabiliser. Loin de tout, si près de l’essentiel. Pas de paperasse, pas d’obligation, d’agenda ou d’horaire. Pas de dates. Pas d’attente autre que ce qui est là, à portée de mains, devant mes yeux.

Lorsque je pensais nature, je pensais forêt, verdure, ruisseau, eau. Un tout verdoyant. Ici tout est nature… Naturel. A l’état naturel. C’est bien ce que je ressens.

L’Etat naturel. L’attente n’est qu’une construction de la pensée. Conséquence d’un chemin lié à un but. Attendre l’atteinte de ce dessein. Pas ou plus de but. Juste vivre ce qui est. Etre, ne plus avoir.

Et le sable recouvre tout… Comme pour me rappeler à ma patience dans ce sablier géant où chaque grain fait partie du tout.

Vivre ensemble… Se faire confiance, se compléter, s’apprivoiser déjà. La notion de proximité évolue elle aussi au fil de ce périple. On se rapproche les uns des autres, rien que physiquement. La pudeur des genouds qui se frôlent lors des repas se fait moindre. Tous les mêmes entre les dunes et les dromadaires.

Et la théière bleue cogite dans les braises…

Le thé… toujours préparé avec soi. Les dromadaires attelés avec soin. Avec soin. Est-ce à dire avec amour ? Faut-il alors comprednre que l’amour se cahce dans toute action qui implique du soin ? Il se cache dans chacun de nos gestes, dans les plus simples avant tout. Alors pourquoi cette pudeur d’aimer ? Pudeur de vivre ? de dire ? Dire les mots qui s’y rattachent. S’il y a tout ce que l’on dit, il y a surtout tout ce que l’on ne dit pas. En mal oui, mais surtout en bien,

Dans les profondeurs du désert : des dunes généreuses. Un sable fin, parfois brûlant. Parfois en un seul bloc, parfois mou et souple comme de l’eau. L’impression de se tenir sur le sein du monde. D’en fouler la peau. Une peau parfaite dans tout ce qu’elle a d’imparfait. Ses craquelures telles des vergetures. Ses rides, ses cicatrices. Nous sommes parties du tout.

Hier soir, je me suis endormie comme chaque nuit, à la belle étoile. Allongée là sous cette immense voûte céleste, je me suis sentie tellement rien. Un petit corps allongé sur terre, à même le néant. Cette sensation si forte de n’être rien. Tout et rien. Le cocnept a alor spris tout son sens à ce moment précis. Dire que je tiens sur cette croûte royale par la « seule » force d’attraction. C’est totalement incroyable !

Et ce ciel immaculé, teinté d’étoiles, d’un croissant de lune et d’étoiles filantes. Et notre terre mère comme partie de cette immensité. Comme une étoile armi les étoiles. Rien de plus et rien de moins.Et nous petit êtres hmains, au jooug de ces questions existentielles si complexes. Nous, grains de sable, parmi les grains de sable.

Idir a 31 ans. Il est cuisinier pour notre caravane et il nous gâte. Il a 3 enfants et une femme à Tagonite. Un mariage arrangé et honoré par les deux enfants. Il n’a pas rencontré l’amour. « Je me remarierai, c’est un accord du premier jour passé ave ma femme. Je me remarierai bien cette fois. J’attends l’amour. »

Au moment de se dire aurevoir… On se sert dans les bras avec les Nomades, mais avec une certaine pudeur. Tout le monde pleurt. Ces hommes si forts, à la peau d’éléphant, qui nous ont guidés dans la tempête, protégés des scorpions et aimés comme les leurs durant deux semaines, ces homme ssi masculins dans ce qu’ils incarnent de dignité, ces hommes qui ne parlent pas ma langue, ces hommes qui chantent sans cesse, ces hommes pleuraient. Et moi avec.

Advertisements