Ecrits de voyage

Philippines, mai-juin 2010

 

27 mai 2010

1 heure de train, 17 heures d’avion, 30 minutes de taxi et me voilà à Manille au Friendly Backpackers. Un endroit sympathique qui surplombe la ville entre une petite dizaine de buildings aussi haut que des gratte ciel à mon sens. C’est vrai qu’en Suisse, rares sont les constructions si hautes… Manille. C’est la cohue, la foule, le bruit, le trafic comme jamais même aux heures de pointes de nos villes helvétiques. La pollution irrespirable. Et de gigantesques centres commerciaux comme je n’en ai vu qu’une fois à Bern. C’est trop, j’ai envie de m’en aller respirer l’air philippin de la nature. Mais avant je dois rencontrer Jambo. Jambo est allemand, il a une quarantaine d’années et voyage depuis 3 ans. Oui, 3 ans. C’est un accident qui l’a marqué à vie qui l’a conduit à partir et depuis il vit grâce à l’AI, il vit et revit encore. Impossible pour lui d’envisager un retour, une maison, des assurances, une adresse fixe, des obligations et des horaires de machines à sous!

A ces quelques kilomètres s’ajoutent aujourd’hui, au lendemain de mon arrivée, 6 heures de bus. 6 heures et me voilà à Alaminos City sur la côte est de la grande île de Luçon. Alaminos. Chez Nieves Lupas qui m’accueille bras et coeur ouverts dans sa jolie maison de bambou. Elle y vit avec son mari Pedro dit PD, bon voilà, ses enfants, Allan, Tissoy, Teresa, Lhiza et Kimberly, ses quelques poules, ses 3 chiens et les esprits… Nieves Lupas et révérende. Elle guérit ses semblables ou en tous les cas, elle leur transmet ce qu’elle a entre les mains, quelle que soit la couleur, la personnalité, les curiosités de ses patients. Son mari Pedro n’a plus jamais pris aucun médicaments depuis sa rencontre avec sa femme. Elle soigne par les plantes. Elle sait quoi, comment, par révélations. Melvin Alvior a fait 3 heures de route pour venir me rencontrer et assurer (à la demande de Nieves) les éventuelles traductions de langues. Melvin est journaliste lui aussi. Il écrit pour un journal local notamment, le Northern Express. Melvin à 68 ans. Il se trouve vieux et ne  comprend pas pourquoi il est toujours là alors que d’autres s’en vont trop tôt. Mais Melvin aime la vie, ça se voit et ça se sent. A sa façon de siroter lentement son café, à sa façon de parler et d’écouter quand je prends la parole à mon tour. A sa façon de me dire combien sa rencontre avec Alex Orbito fut surprenante pour lui. Tout a commencé autour de quelques bières. Il devait lui tirer le portrait pour son rédacteur en chef, mais il a dû s’y reprendre à deux fois. La bière il l’aime et l’amitié naissante, parfois, ça saoule…

Là dans la maison juste à côté, vit pour quelques semaines un allemand dont le prénom m’échappe maintenant. Il vient ici régulièrement pour sa guérison. En 1995 un grave accident de voiture l’a plongé dans le coma durant 8 mois. 13 opérations, 2 morts cliniques et 8 mois de coma plus tard, il se réveille. Il a tout oublié. Sa vie, sa famille, sa femme. Comment écrire, comment manger, comment marcher, comment parler. La médecine occidentale pensait qu’il resterait ainsi jusqu’à ce que la mort le libère tôt ou tard. Puis grâce à sa mère, il est arrivé là. Et ce soir, il est venu à moi debout, il m’a parlé de manière cohérente. Il était présent, vivant. “Je suis mort deux fois et je suis né deux fois” a-t-il dit. “Ceci est ma seconde vie et je dois la déguster”.

29 mai 2010

Il fait chaud, je bois au moins 5 litres d’eau par jour. Tout est ralenti, ma digestion aussi… Ce soir je quitterai les Lupas pour retourner à Manille prendre un avion vers le Sud, vers Cebu. Mais avant cela, je tenais à remercier la famille pour son accueil et sa générosité. Je suis donc partie au marché ce matin avec Mathias, Lhiza et Allan. Je voulais acheter à manger pour la famille. Ici, selon ce que Melvin m’a expliqué, les donations sont bienvenues et je suis plus sereine à l’idée de nourrir cette famille, de leur offrir des biens utiles plutôt que des billets. J’ai donc acheté 3 kilos de poissons, 2 kilos de poulet et 2 kilos de riz. Ici le riz est très cher. Presque 1 CHF le kilo ce qui représente une grosse somme pour les locaux. Pour tout ça, j’en ai eu pour un peu moins de 30 CHF. Ce qui finalement est pas mal cher… La vie ici n’est pas si peu coûteuse que cela. Oh pour nous autres européens et suisses particulièrement, bien sûr que cela est peu cher.Mais en comparaison avec l’Afrique c’est onéreux. J’ai prévu un budget de 1000 francs suisses pour un mois ici. Peut-être faudra-t-il renflouer les caisses? A voir…

Bref, j’ai donc fait quelques courses pour la famille, cela me semblait bien et utile donc. Mais une fois arrivée à la maison, pas un merci, rien. J’ai été surprise. Est-ce la façon de faire ici? S’attendaient-ils à plus? Je ne comprends pas bien. Il est vrai que le rapport à l’argent est difficile pour moi. Je n’aime pas cet échange. Je n’aime pas donner de prix aux choses, aux services, aux gens, au bien-être. Mais déjà au marché ce matin, la femme qui m’a vendu le riz m’a dit: “achète plus, de toute façon tu es riche!”. Ca m’a froissée. Comment lui expliquer que non je ne suis pas riche. Je tourne tant bien que mal dans mon pays. Oui j’ai pu économiser assez pour venir aux Philippines alors que pour les philippins eux-mêmes voyager dans leur propre pays est déjà presque impossible. Je comprends ce cliché du blanc bourré de fric. Mais comment leur expliquer que tout est relatif? J’ai eu une longue discussion avec Allan d’ailleurs en rentrant et j’ai tenté de lui expliquer ce qu’il nous rets après avoir payé toutes nos factures obligatoires, et ce sous peine de poursuites. Il a capté il me semble, mais cela reste très abstrait je crois, car j’arrive ici avec un gros sac à dos empli de matériel technologique hors de prix.

Lorsque je voyageais à Madagascar déjà, cette espèce de relation erronée par l’argent me troublait. Qu’on en ait ou que l’on n’en ait pas, l’argent pourri un peu la pureté des choses et des échanges.

Vivement les petites îles avec argent bien sûr, mais surtout avec la mer, le sable et les paysages de rêves. Je sens que cela m’attend et c’est bien vers ça que je me dirige maintenant.

4 juin 2010

Malapascua. Une île minuscule, paradisiaque en apparence, au nord de l’île de Cebu. Ce soir, la tenancière de ma pension a battu sa fille sous mes yeux. Avec une ceinture. Elle a crié. J’ai crié. “Mais que faites-vous?”. Mais rien… Ses sœurs ont fait barrage et m’ont dit de ne pas m’en mêler. Ici, c’est ainsi, m’ont-elles fait comprendre. Histoire de famille. Elle va à la discothèque du village sans permission. On le lui interdit une fois, deux fois, trois fois, puis les coups pleuvent et moi je souffre pour elle, dans l’impuissance la plus totale, mais sans indifférence.

5 juin 2010

A Cebu. Je vis chez Connie avec sa fille, son fils, sa nièce, son neveu, sa sœur et son beau-frère. Elle travaille, elle sort et assure la survie du ménage tandis que sa sœur fait office de substitut maternel.
Ils vivent tous dans un minuscule appartement où je me sens accueillie et bien. Une entrée qui fait office de cuisine. Deux chambres à coucher minuscule. Une pour sa sœur, son mari et leur fils. Une pour elle, ses deux enfants, sa nièce… et moi. Un lit par chambre dans lequel tout le monde dort en sardines, comme ils disent. Couchés sur la largeur du matelas. Les uns à côté des autres. Les uns contre les autres. Une salle de bain minuscule aussi, qui comprend une toilette, un robinet et un seau en guise de douche.

Aujourd’hui je suis allée à l’hôpital central de Cebu City avec Connie, rendre visite à un de ses collègues malade. Un caillou dans l’estomac, semble-t-il. C’est un hôpital gratuit. Ils n’y acceptent que les plus pauvres. De longs couloirs, des grandes pièces emplies de lits qui se suivent. Pas d’air autre que celui brassé par les deux ventilateurs que les souffrants se partagent. Du sang sur les chaises des visiteurs. Les patients sont en habits de ville. Ils expirent en silence, au milieu de la douleur ambiante. Et là, juste à côté, un jeune homme sous “assistance respiratoire”: une bouteille en plastique plantée dans le cou. Et sa mère qui pompe son oxygène depuis des heures en tombant d’épuisement. Elle se relaie avec le père mais personne d’autre à qui passer le relai… “S’il meurt, on sera alors coupables…”, me dit Connie. Pour l’heure, il survit entre deux mondes. Trois coups de couteau dans le cou. Son voisin est allongé à quelques centimètres. Accident de moto, renversé par un jeepney. Traumatisme crânien. Un d’un coup, sans crier gare, il part… Sa famille pleure, le pleure, alors les médecins semblent si habitués par ce spectacle de la vie, de la mort, cette danse macabre de la douleur. Les autres patients avalent leur propre peine comme des cailloux. Et pour moi, c’est trop. Je craque. Les larmes montent avec honte avec l’envie de hurler devant tant de retenue, de dignité ou de fatalité, je l’ignore. Libération pour ceux qui souffrent, plaie éternelle pour ceux qui restent.

Et les deux ventilateurs tournent imperturbablement…

10 juin 2010

Lite sleeping Ferry. Il est presque midi. J’embarque pour Bohol. Un grand ferry, immense, qui transporte marchandises, huiles et animaux, plantes et humains. Au dernier étage de cet immeuble flottant, un gigantesque dortoir. Des lits à étages à perte de vue. Matelas plastifiés, armatures en fer blanches. Je suis la seule occidentale à bord je crois. Les autres sont peut-être à l’intérieur, en cabine, avec air conditionné ou ont opté pour un bateau plus rapide, plus cher. 5 heures de trajet.

New-York, mars-juin & septembre-novembre 2011

March 10th 2011

On the way to New York City. Amtrak train. 11 hours. In the silence there is also distance. This deep, deep silence gives me the fragrance of what I’m looking for. I dream to reach my happiness running with open arms in an infinite fresh grass’s field.

Nine Inch Nails playing in my ears: “I used to have a voice, now I cannot make a sound”.  I used to make the choice of staying bounded to the ground. But today, the feeling is too strong and this strength of attraction is leading my path. One hand taking notes, the other one writing the composition of my destiny.  Irresistibly pushed somewhere for a great reason I still don’t know. Once a place to visit, an energy to feel. Once a question to ask or a problem to solve. Once a perfume to get, a piece of nature to breathe. A discussion, a laugh or just a smile to share. A friend to discover. A part of me will always have to be reached… Maybe one day I’ll reach you ? You, the one I imagine but I still don’t know. The one I can nearly feel, but do you even exist ?

I’m a dreamer, a free mind striker and I drown in my illusions. I don’t wanna wake up. I live with my eyes open even if I don’t wanna look at everything, I see. Open eyes, open heart, open ears.

Let’s break the silence, let’s break the distance. I’ll come to you, this I know!

11 avril 2011

Il frappe sur des seaux en plastique. Deux baguettes qui prolongent ses bras. Ses bras fins, maigres, secs. Je marche sur le trottoir en plein Times Square, je passe devant lui. Il lève les yeux et l’instant d’un regard je lis son histoire…

Une histoire triste, dramatique. L’histoire d’un jeune africain à la recherche d’une vie meilleure. Quitter une vie de sacrifices, par un sacrifice de plus. Une vie de traumas, de terreur. Un père absent, une mère en état de survie constant, dévouée à sa progéniture. Peu de nourriture. Pas de biens. De la violence à l’entour, tant de pauvreté, de misère, de manque et de manquements. Manque d’horizons. Manque de tout. Un départ déchirant. Pour toujours. Mais il l’ignore alors. C’est à l’instant précis où nos chemins, nos regards se croisent en un flash éphémère qu’il comprend. A ce moment précis, fugitif, furtif, il sait. Il sait qu’il ne rentrera pas. Il sait qu’il ne la reverra pas. Il sait. Il tape sur des seaux en plastique, le rythme d’un avenir creux.

6 mai 2011

Un jour je me sens la reine de ma vie et l’autre l’esclave.

Toujours des doutes, des craintes aussi, et ce sentiment de culpabilité qui me hante… La culpabilité de faire souffrir. Comment vivre libre et en interaction sans ce putain de sentiment ? Comment éviter ces souffrances et celles des autres lorsqu’on les ressent.

Tout finit toujours, fatalement et cet héritage chrétien prendra fin également. Même dans les larmes. Ouvrir la porte au poignard du libre choix assumé. Celui que l’on me plantera dans le dos ne semble rien en comparaison à celui que je pourrais brandir en vivant comme je l’entends, sans autre concession. Et c’est bien cela qui me fait le plus souffrir.

Obsession is written on my perfume’s bottle

Obsession of the feeling of the sun on my skin

Obsession of the music in the garden

Obsession of not losing my inspiration

Obsession of keeping my eyes wide opened

Obsession of the place that’s calling me

Obsession of keeping the feeling

Obsession of not losing the music

Obsession of the garden of my inspiration

Obsession of the sun in my eyes

Obsession of the sun that’s calling me

Obsession of an opened garden

Obsession of a place in the sun

Obsession of the sun in my feeling

Obsession of those eyes that are calling me

Obsession of wide opened feeling

Obsession of that music that is calling me

Obsession of that place of inspiration

Obsession of that garden in my eyes

Obsession of that music on my skin

Obsession of keeping the sun

Obsession of that losing sun

Obsession of keeping that feeling

Obsession of not losing that place

Obsession of feeling my eyes

Obsession of feeling my skin

Obsession of that place of wide open inspiration

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